Anévrisme de l’aorte abdominale : le point avec le Dr Viken P. Mootoosamy

Un anévrisme de l’aorte abdominale peut s’avérer fatal : 65 % des patients ayant un anévrisme rompu meurent avant d’arriver à l’hôpital. Heureusement, si nous repérons les signes d’alerte à temps, le pire peut être évité. Quels sont les signes d’alarme ? Quels sont les facteurs de risque et les traitements d’un anévrisme de l’aorte abdominale ? Le Dr Viken Mootoosamy, Consultant en chirurgie Cardiovasculaire et Endovasculaire a abordé toutes ces questions lors d’une causerie à la Clinique Darné.

 Anévrisme de l’aorte abdominale : le point avec le Dr Viken P. Mootoosamy

Anévrisme de l’aorte abdominale : de quoi s’agit-il ?

La plus grosse artère du corps, l’aorte part du cœur et descend dans le thorax jusqu’à l’abdomen où elle se divise en deux pour diriger le flux sanguin vers les jambes. Nous parlons d’anévrisme lorsque cette artère connait une dilatation localisée et permanente.

Le diamètre normal de l’aorte abdominale est de 2 cm. A partir de 3 cm, nous pouvons parler d’anévrisme. Cette dilatation peut se poursuivre et mener à une rupture de l’artère. Surviennent alors une hémorragie et le risque de décès.

Les facteurs de risque

  • Le sexe masculin : une étude observationnelle américaine, le ADAM trial, a démontré que les hommes auraient 4 fois plus de chances de souffrir d’un anévrisme de l’aorte abdominale
  • Le tabagisme
  • L’âge : le risque augmente après 60 ans
  • L’hypercholestérolémie et l’athérosclérose
  • L’hypertension artérielle
  • Des antécédents familiaux (surtout si la pathologie concerne les parents de premier degré)

Même si les hommes ont plus de chances de souffrir d’anévrisme, les femmes ont toutefois plus de risques de connaitre une rupture d’anévrisme.

Symptômes et dépistage

Dr Viken Mootoosamy : « L’anévrisme de l’aorte abdominale est souvent sans aucun symptôme ; nous le découvrons souvent de manière fortuite lors d’une échographie pour une autre pathologie. Lorsque l’anévrisme est à un stade avancé, le patient peut ressentir une douleur abdominale et une masse pulsatile près du nombril. »

Pour le dépistage, l’échographie est privilégiée dans un premier temps. Puis, pour comprendre la taille et la morphologie de l’anévrisme, on se tournera vers l’angio-scanner. Pour ceux qui souffrent d’insuffisance rénale, le médecin privilégiera l’angio-IRM.

Quand opérer ?

Le but du traitement d’un anévrisme de l’aorte abdominale est d’empêcher sa rupture. Déjà, après la découverte de l’anévrisme, le patient devra immédiatement arrêter de fumer et prendre des bêtabloquants pour réguler sa pression artérielle et des statines pour faire baisser son taux de cholestérol. Une surveillance attentive et régulière est aussi primordiale.

C’est normalement lorsque l’anévrisme atteint 5 cm chez les femmes et 5.5 cm chez les hommes que la chirurgie est envisagée.

« Nous prenons également en considération la vitesse de croissance de l’anévrisme. S’il augmente rapidement, il y a plus de chances de rupture. »

Les deux types de chirurgies

Il existe deux types d’interventions possibles : le traitement chirurgical ouvert et le traitement endovasculaire.

Comme son nom l’indique, la chirurgie ouverte nécessite une incision au niveau de l’abdomen afin de reséquer l’anévrisme et suturer une prothèse synthétique en haut et en bas à l’aorte saine. Cette chirurgie prend normalement entre 3 à 5 heures et le patient reste hospitalisé pendant 7 à 10 jours.

Le traitement endovasculaire est moins invasif que la chirurgie ouverte : à travers une minuscule incision à l’aine ou en utilisant l’approche percutanée, l’endoprothèse (stent recouvert) est insérée à travers l’artère fémorale. L’endoprothèse est montée sur un guide jusqu’à l’anévrisme où elle est déployée et plaquée en haut et en bas contre la paroi saine de l’aorte, à laquelle elle se fixe par des crochets. Tout se fait sous contrôle radioscopique.

Le traitement endovasculaire est le traitement de choix pour les personnes âgées et fragiles. Il est plus rapide (entre 1 à 3 heures) et le patient peut quitter l’hôpital après 2 ou 3 jours.

Le mot de la fin ?

« Comme mentionné plus haut, il s’agit d’une maladie silencieuse qui peut éventuellement être fatale. Il est conseillé aux personnes âgées de plus de 60 ans (surtout les fumeurs ou anciens fumeurs) de faire un dépistage échographique. N’oubliez pas d’avoir une alimentation et un mode de vie sain. »