« Ma fille morte me parle »

Sa fille est morte d’un cancer en 1999. Le jour même de son décès, la petite Lina a continué à parler à sa mère de l’au delà. 18 ans plus tard, elles se parlent toujours…

 « Ma fille morte me parle »

C’est une histoire extraordinaire qui commence de manière ordinaire. Cathy Muller, Suisse mariée à un Mauricien est une femme comme les autres. Elle habite la Suisse ; son temps est divisé entre son agence immobilière et ses enfants, elle est une femme tranquille, heureuse. Catholique, croyante mais pas très pratiquante, elle croit en Jésus mais elle reste un peu sceptique. Elle ne pense pas encore à l’au-delà, à la mort, à ce qui se passe après la mort.

C’est en 1999 que tout bascule. En 1999, sa fille Lina tombe gravement malade. Le diagnostic est sans équivoque ; il s’agit d’un cancer rare, intraitable. C’est le choc. C’est le moment où la vie semble tout à coup tellement difficile, tellement incertaine… Tellement injuste. Pourquoi, se demande-t-on ? Pourquoi moi ? Pourquoi elle ? A l’époque, Lina était jeune, elle n’avait que neuf ans.

« Il y avait tellement de questions qui se bousculaient dans ma tête. Parfois on se demande aussi ‘Mais où ai-je fauté ? Qu’aurai-je pu faire différemment ? » Parce que je prenais soin de mes enfants, Lina avait une alimentation et une vie saine alors pourquoi ? Comment ? »

Des questions qui restent en suspens. Des questions qui restent sans réponse. On passe par des instants de déni, de révolte, de tristesse. Chaque jour, les émotions se succèdent et varient. Parfois, on veut baisser les bras mais on ne peut pas. Parce qu’il y a un enfant qui lutte contre la maladie, une petite vie qui va s’éteindre.

« Lina posait des questions. Elle demandait ‘Est-ce que je vais mourir ?’ ‘Est-ce que je vais perdre mes cheveux ?’ Et elle était triste. Mais en même temps, elle a avait tellement d’espoir. Elle avait la foi, elle a toujours eu la foi »

Les hospitalisations, les traitements, la chimio se succèdent. La mère est effondrée mais elle s’efforce à tenir le coup. Les temps sont durs mais mère et fille se soutiennent. Ayant toujours été très proches voire fusionnelles, elles sont plus que jamais liées, soudées durant ces instants de souffrance. Elles prient ensemble. Lorsque Lina n’arrive plus à parler, l’infirmière trouvera un moyen pour leur permettre de communiquer :

« Sur un tableau, elle avait mis les lettres de l’alphabet. On passait sur les lettres une par une. Lorsque Lina faisait un geste, on retenait l’alphabet. C’est ainsi qu’on formait des mots, des phrases. C’est ainsi qu’on se parlait. »

Toujours communiquer, toujours rester liées, avec ou sans les mots. Toujours se consoler, se soutenir. Elles sont à Maurice, pour que Lina puisse se soigner plus tranquillement. Dans le cadre idyllique de l’ile, on garde espoir. A un certain moment, l’espoir est permis.

« Lina a connu un instant de rémission, elle est retournée à la maison, elle retrouvait ses forces. Même notre oncologue parlait de miracle. On a vraiment cru qu’elle allait s’en sortir »

Mais l’espoir laisse de nouveau place au désespoir. Après la rémission, la rechute. La petite Lina souffre, elle s’affaiblit. Des instants d’angoisse et de souffrance. Péniblement, la fin approche. Le 9 octobre 1999 c’est toujours péniblement mais courageusement que la petite Lina va s’en aller :

« Le 9 octobre, elle allait très mal. Mais elle m’a demandé de me reposer. J’ai dit ‘non je reste auprès de toi’ mais elle m’a demandé d’aller dormir dans la chambre d’à côté. Je suis allée me reposer, son père est venu auprès d’elle. Et c’est là qu’elle est morte, dans les bras de son papa. »

Morte. Après des mois de souffrance, de lutte. Morte. Est-ce vraiment fini ? Cathy ne verra-t-elle plus jamais sa petite fille ? Les rêves tissés pour elle, pour son avenir sont-ils à jamais brisés ? Des questions et encore des questions. Un enfant qui s’en va. Toute une vie qui chavire.

Une petite fille qui s’en va. Qui laisse derrière elle un vide. Qui laisse derrière elle le noir. Puis des bruits viennent perturber ce vide. Dans l’obscurité apparait une lueur d’espoir.

« Elle a s’est manifestée le jour même de son décès. Les bruits, l’horloge, le téléphone qui sonne et sur l’écran est marqué ‘CIEL’… Il y avait tant de signes. Puis, elle a fait bouger son pendentif. J’avais le pendentif dans les mains et il a bougé. J’ai demandé, ‘Lina, est-ce toi ?’ »

Balancer entre l’espoir et l’incrédulité. Avoir un peu peur mais en même temps être remplie d’espoir. Croire. Comment faire pour se parler ? Elle se souvient de l’infirmière, du tableau et des lettres de l’alphabet.

« Sur un papier, j’ai mis ‘A, B, C… ‘. Puis, je laissais balancer le pendentif sur chaque lettre. Lorsque Lina voulait choisir une lettre, le pendentif frémissait. Ainsi se sont formés des mots, des phrases. C’est toujours comme ça que nous communiquons aujourd’hui»

Petit à petit, Cathy comprend. Avant, face à la souffrance, face à la maladie, Cathy se posait des questions. Maintenant, les réponses viennent, l’obscurité initiale laisse a fait place à la lumière. Jadis, elle tenait la main de sa fille lorsque ce qu’elle était malade, maintenant Lina, sa fille décedéei qui va la guider, la consoler. A son avis, c’est ce que peuvent faire tous les enfants :

« Je pense que tous les enfants peuvent se manifester et communiquer avec nous. Lorsque quelqu’un meurt jeune, avant ses 18 ans, il monte directement à la lumière. C’est juste que parfois, nous sommes trop préoccupés par notre souffrance, trop en douleur pour les entendre. »

Trop résignés pour entendre ? Cela donne lieu à un certain scepticisme… Mais quand nous pensons que parfois nous sommes tellement pressés, tellement limités par nos propres souffrances que nous ne voyons pas la souffrance de l’autrui… Nous connaissons tous ces enfants qui, de leur vivant, restent incompris par leurs parents… Peut-être qu’on devrait (re)apprendre à écouter ?

« Il est vrai qu’aujourd’hui tout le monde est stressé. Mais nous pouvons tous essayer d’écouter cette petite voix qui est en nous. Nous pouvons tous entendre Dieu, c’est donné à tout le monde. Je n’ai pas un don, ce que je fais, tout le monde peut le faire. »

Depuis, Lina et Cathy se parlent contiunellement.  Ensemble, elles ont découvert un vortex, elles ont écrit des livres. Cathy voit aussi grandir sa fille. En 18 ans, la petite fille de 10 ans est devenue une belle jeune femme. Maintenant, c’est elle qui guide maman. Et maintenant c’est aussi Cathy qui, guidée de Lina, essaie d’apaiser la douleur de ceux qui souffrent :

« ‘Là-bas aussi, ils grandissent. Ils grandissent jusqu’à l’âge de 33 ans. Je ne sais pas pourquoi 33 ans mais c’est ainsi. Ma fille, aujourd’hui devenue une jeune femme me guide. Grâce à elle, j’ai accédé à une autre dimension de l’existence, elle m’a présenté aux maîtres de l’au-delà, elle m’a encouragé à aller vers ceux qui souffrent. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle nous avons fondé l’association des Travailleurs de l’Amour (TDA) qui a pour but de dispenser des soins divers mais aussi de former des thérapeutes en soins énergétiques. C’est toujours elle et les ‘êtres de lumières’ qui m’ont guidé vers le vortex de Riambel. »

Une histoire extraordinaire qui a commencé de manière ordinaire ? Et si l’extraordinaire se trouvait dans l’ordinaire ?

L’histoire de Cathy, certains la  croiront, d’autres non. Pour certains, cela ne fera que renforcer leur conception de l’au-delà, de la vie éternelle. Pour d’autres, c’est une belle leçon de vie ; lorsque nous faisons preuve de foi et de sagesse devant une grande souffrance, le salut vient. Ou alors, pour d’autres cette histoire peut juste être une belle preuve d’amour. L’amour, vrai et inconditionnel transcende toutes les barrières ; même celle de la mort.