Médecin de famille : plus qu’un métier, une vocation

Médecin de famille : le nom en lui-même évoque une certaine proximité patient/médecin. Plus qu’un métier, la vocation du médecin de famille consiste à écouter et conseiller les familles sur les petits ou grands bobos du quotidien. Le docteur F. D., médecin depuis plus d’une trentaine d’années, nous explique la pertinence et l’importance de cette profession.

Médecin de famille : plus qu’un métier, une vocation

Quelle serait la définition d’un médecin de famille ?

Qui dit maladie dit médecin. Un médecin de famille est un médecin qui soigne plusieurs familles en même temps. Un médecin de famille est quelqu’un qui communique avec la famille, il doit la connaitre surtout.

C’est lui qui soigne le grand-père, la maman ou le petit dernier. Sa disponibilité est telle que l’on peut le contacter à n’importe quel moment. Même si ce n’est pas forcément lui qui va apporter des solutions médicales à tous les maladies détectées, il est là pour communiquer et rassurer, car tout est dans le relationnel.

À titre d’exemple, chez certaines femmes, les médecins de famille sont leur gynécologue, alors que les mamans quant à elles attribuent ce rôle à leur pédiatre. Bien entendu, l’aspect pécuniaire rentre aussi en ligne de compte. Une consultation médicale a forcément un coût, surtout si on se tourne systématiquement vers un spécialiste. Il est tellement plus simple parfois d’avoir le conseil d’un médecin de famille généraliste. La médecine a un coût et nous n’avons pas le droit de le gaspiller.

Tout reste donc une question de communication, afin de rassurer…

Tout à fait. Nous nous retrouvons souvent, en tant que médecin face à des patients en proie à des crises d’angoisse très fortes. Il faut pouvoir les rassurer du mieux que nous pouvons et il n’y a pas mieux qu’un médecin de famille pour le faire. Nous n’avons qu’à voir ces mamans dont les enfants ont de la fièvre et qui sont à deux doigts de tomber dans les pommes ! Un médecin de famille soigne, mais différemment. En France par exemple, tout le monde a son médecin de famille, de par le coût de la santé. À Maurice, la gratuité de la santé fait qu’il y a des abus terribles. Ce qu’il faudrait, c’est utiliser de façon judicieuse le service de santé. Quelqu’un de migraineux n’est pas obligé de poireauter des heures à l’hôpital pour quelques Panadol. Vite, un coup de fil à son médecin qui le connaît bien et qui lui dira quoi faire pour soulager son mal de tête chronique.

Vu sous cet angle, ce concept paraît formidable. Il ne semble pourtant pas fonctionner à Maurice. Pourquoi, selon vous ?

Je pense que cela fonctionne quand même. Peut-être pas autant que l’on voudrait, mais le problème est plus social qu’autre chose. Nous vivons dans une société dans laquelle l’argent est vénéré. Il s’agit de se faire de l’argent à tous les coups. Je ne vais pas généraliser, loin de là ; la plupart des médecins sont des gens corrects, qui ont à cœur de soigner au mieux les malades. Le médecin de famille fonctionnerait mieux à Maurice s’il était plus disponible.

Une crise d’angoisse peut se soigner en deux minutes, surtout si le patient est en territoire connu. Par contre, face à un médecin qu’il ne connaît pas et qu’il rencontre pour la première fois, la relation sera plus longue à construire. Sans compter que si le médecin se retrouve avec 50 personnes dans sa salle d’attente, il aura tendance à aller plus vite, au risque parfois de ne pas prendre suffisamment de temps pour écouter, parler, cerner et comprendre.

Soyons pratique Docteur. Comment pourrions-nous mettre en place un système de médecin de famille à Maurice ?

Nous avons bon nombre de Health Centres (que nous appelons dispensaires) à Maurice. Ce qui serait bien, c’est que des médecins y résident non loin de là. Ce qui créer tout une relation communautaire autour du dispensaire, ce relationnel qui est justement essentiel pour que le concept du médecin de famille fonctionne. Bon, cela peut paraître utopique, mais pas tant que cela.

Si on commence d’abord par avoir une permanence médicale, le médecin retrouvera des visages connus à chaque consultation, arrivera à mettre des noms sur des visages et sera en mesure de mieux cerner les problèmes de ses patients. Sans oublier que cela décongestionnera également les hôpitaux engorgés par de trop longues files d’attente.

Vous avez beaucoup parlé de la disponibilité du médecin de famille. Votre avis sur ces médecins qui ne sont pas joignables au téléphone en week-end ?

Les médecins ont généralement deux lignes, une pour les patients, et une pour les urgences. Les médecins sont libres de communiquer ou pas leurs numéros aux patients. En même temps, je peux comprendre aussi qu’il est difficile de travailler, voire de se concentrer quand le téléphone sonne sans arrêt ! Un médecin de famille toutefois a le devoir d’être joignable par téléphone 24 heures sur 24, tout en ayant dans son répertoire la liste de ses patients. Tout comme il devrait aussi faire des visites à domicile afin que le contact relationnel se construise.

En conclusion, le portrait idéal d’un médecin de famille, docteur ?

Ce serait selon moi un généraliste qui serait à même de traiter le papa, la maman et l’enfant d’une même famille. Le généraliste compétent, à qui on ferait confiance. Il y a toute une éducation à faire pour que le public refasse confiance aux généralistes et à leur diagnostic. Que les médecins aussi sachent rester humbles dans leur profession également. Tout reste une question de confiance.